Les mesures d'austérité affectent surtout les femmes, dit l'IRIS

Source: radio canada.ca / IRIS Les initiatives du gouvernement du Québec pour relancer l'économie favorisent d'abord les hommes, tandis que les mesures d'austérité touchent surtout les femmes, selon une étude de l'Institut de recherche et d'informations socio-économiques (IRIS).

Après avoir analysé les documents budgétaires québécois depuis novembre 2008, l'IRIS conclut que la stratégie de sortie de crise a créé un fossé d'environ 7 milliards de dollars entre les hommes et les femmes.

« Les mesures de relance ont favorisé [...] des domaines traditionnellement masculins comme la construction et les ressources naturelles, ce qui fait qu'il y a environ 4 milliards de dollars qui ont été donnés aux hommes plus qu'aux femmes [...] alors que l'austérité touche beaucoup plus le secteur public. [Or ]es femmes sont surreprésentées dans les emplois dans les secteurs publics, et là, il y a 3 milliards qui affectent les femmes plus que les hommes », selon Eve-Lyne Couturier, chercheuse à l'IRIS et coauteure de l'étude.

La conclusion de l'IRIS comme quoi les femmes « se trouvent donc doublement perdantes » n'est pas unique au Québec.

L'institut de recherche indique que « si elle diffère en termes de degré, cette situation correspond à celle qu'on a pu observer en Europe lors de la mise en place de mesures d'austérité ».

Selon l'IRIS, il ne s'agirait pas d'une fatalité pour autant. « Il existe des manières de favoriser les femmes dans des emplois non traditionnels. Mais avec ce que le gouvernement a décidé de faire avec " Chapeau, les filles! " [qui a notamment pour but d'intéresser les jeunes femmes aux métiers non traditionnels], on peut se demander si c'est une priorité », soutient la chercheuse Eve-Lyne Couturier.

« Le gouvernement pense qu'en mettant en place des réformes comptables qui ne sont pas réfléchies en fonction de leurs effets sur la population, mais en fonction de leurs effets sur l'économie, il ne se rend pas compte que même s'il ne vise pas les femmes, les mesures qu'il met en place vont avoir un effet plus grand sur les femmes que sur les hommes. »— Eve-Lyne Couturier, chercheuse à l'IRIS

« En 2006, le gouvernement avait dit qu'il allait mettre en place l'analyse différenciée selon les sexes, et dans les différents ministères et organismes, il y a des personnes qui sont formées pour pouvoir faire ces évaluations. Mais de toute évidence, ça ne se rend pas au ministre [qui] dit que ces mesures sont neutres et technocratiques et ne comprend pas en quoi ces mesures pourraient affecter les femmes plus que les hommes », ajoute Mme Couturier.

Un critère peu pertinent, dit l'IEM

La distinction entre les hommes et les femmes est peu pertinente pour évaluer les mesures gouvernementales, selon Youri Chassin, économiste à l'Institut économique de Montréal.

« Je pense que c'est de rajouter un critère alors que le premier critère qu'on cherche, c'est : "est-ce que ça va être efficace, est-ce que ça va donner des résultats". Et là-dessus, il peut y avoir un débat bien avant d'essayer d'imposer d'autres critères », soutient M. Chassin.

Reste que selon les données les plus récentes de l'Institut de la statistique du Québec, les femmes gagnent toujours moins que les hommes.

En 2012, les femmes gagnaient en moyenne un salaire horaire inférieur d'environ 10 % à celui des hommes. Leur rémunération s'est toutefois améliorée par rapport à celle des hommes au cours des 15 dernières années au Québec.

En outre, pour la période de 1997 à 2012, les employées québécoises à temps plein sont moins désavantagées par rapport aux hommes que celles de l'ensemble du Canada.

Le Collectif 8 mars interpelle Québec

À moins d'une semaine de la Journée internationale des femmes, les syndicats regroupés sous le Collectif 8 mars soutiennent que « le gouvernement doit impérativement tenir compte des informations rapportées par l'IRIS et considérer sérieusement des solutions favorisant une plus grande égalité entre les femmes et les hommes, tel qu'édicté dans le préambule de la Charte québécoise des droits de la personne ».

« Nous ne pouvons passer sous silence les inégalités qui persistent et qui ne cessent de gagner du terrain entre les femmes et les hommes au nom d'une idéologie néolibérale. Quelles que soient les décisions prises par le gouvernement, les femmes sont à tous les coups pénalisées », a soutenu Alexa Conradi, porte-parole du Collectif 8 mars et présidente de la Fédération des femmes du Québec (FFQ).

Austérité ou pas?

Dans son étude sur les mesures d'austérité et les femmes, l'IRIS affirme par ailleurs que « contrairement à ce que défend le gouvernement du Québec, celui-ci mène actuellement des politiques d'austérité ».

Depuis son élection en avril 2014, le gouvernement Couillard parle de rigueur budgétaire dans un contexte économique difficile, mais refuse de qualifier ses mesures d'« austères ».

« Si on considère l'inflation dans les dépenses de programmes, l'année prochaine sera l'année la plus austère depuis 2008. »
— Eve-Lyne Couturier, chercheuse à l'IRIS

Pour ACCÉDER et TÉLÉCHARGER  la recherche intégrale