Santé mentale et prison: Des drames qui pourraient se reproduire

Source: Radio Canada Informations, 09 janvier 2010

Les images d'Ashley Smith obtenues par la CBC continuent de susciter des réactions. La Société John Howard, qui défend les droits des détenus, n'est pas surprise du contenu de ces vidéos, qui montrent le traitement subi par l'adolescente durant son incarcération.

Rappelons qu'Ashley Smith a fini par s'enlever la vie en 2007 dans sa cellule de la prison pour femmes de Kitchener. Une vidéo, diffusée vendredi sur les ondes de la CBC, montre comment la jeune femme, qui avait des problèmes de santé mentale, s'est fait maîtriser de force par des agents correctionnels à plusieurs reprises.

Selon le directeur général de la Société John Howard, Craig Jones, il ne fait aucun doute que d'autres détenus avec des problèmes de santé mentale finiront leur vie dans des circonstances similaires à celles entourant la mort d'Ashley Smith.

Il affirme que ce genre de tragédies se répétera tant et aussi longtemps que les détenus aux prises avec de graves maladies mentales continueront à joindre le reste de la population carcérale qui ne cesse de croître, et cela, à un moment où Ottawa tente de réduire les services.

Un phénomène à la hausse

Rappelons que l'enquêteur correctionnel a confirmé dans un rapport le mois dernier que le nombre de décès attribuable à des causes non naturelles a connu une hausse spectaculaire de 70 % l'année dernière comparativement à 2008. La majorité de ces décès étaient des suicides.

L'enquêteur correctionnel mène présentement une enquête sur au moins deux décès survenus dans des circonstances similaires à celles entourant la mort d'Ashley Smith. Il n'a pas voulu faire de commentaires, mais les deux décès seraient survenus notamment à cause d'une réponse inadéquate du personnel carcéral.

Selon Craig Jones, le gouvernement de Stephen Harper doit changer d'approche. M. Jones estime qu'il faut abandonner l'idée selon laquelle le fait de punir les détenus avec des problèmes de santé mentale permettra de mettre fin à leur comportement autodestructeur.

Pour consulter le dossier complet de Radio Cananda

Les antidépresseurs sont inefficaces pour 70 % des patients

   Nombreux sont ceux qui y ont recours pour le moindre vague à l'âme qui persiste. Le soulagement qu'ils procurent est responsable de leur énorme succès. Pourtant, selon une étude parue hier dans le Journal of the American Medical Association (JAMA), les antidépresseurs ne seraient pas plus efficaces qu'un placebo contre les états dépressifs légers à modérés. Ils ne seraient véritablement nécessaires que pour soigner les dépressions sévères. Or, dans la pratique, près de 70 % des patients auxquels on prescrit un antidépresseur souffrent d'une dépression légère à modérée.

Pour en arriver à une telle conclusion, les chercheurs de l'Université de Pennsylvanie, à Philadelphie, ont réalisé une grande analyse (une méta-analyse) de six essais cliniques qui ont consisté à comparer un antidépresseur à un placebo pendant au moins six semaines. Sur les 718 patients au total qui participaient à ces essais cliniques, 180 présentaient une forme légère de la maladie, 255 une forme dite modérée et 283 souffraient de dépression profonde.

Les chercheurs ont découvert que l'efficacité des antidépresseurs variait considérablement en fonction de la sévérité des symptômes. «L'effet de ces médicaments par rapport au placebo était minimal ou inexistant en moyenne chez les patients présentant des symptômes légers à modérés. Par contre, les bienfaits de la médication dépassaient largement ceux du placebo chez les patients atteints de dépression très sévère», indiquent les chercheurs dans la dernière édition du JAMA. Les auteurs espèrent que les cliniciens et les éventuels patients seront informés de cette importante distinction, car elle signifie que les dépressions légères à modérées pourraient être traitées par des approches alternatives, comme la psychothérapie ou l'exercice physique, étant donné que les médicaments antidépresseurs ne semblent pas aider les patients beaucoup plus qu'un simple placebo.

Les chercheurs rappellent que «les médecins qui rédigent les ordonnances, les décideurs politiques et les consommateurs ne sont peut-être pas conscients que l'efficacité des antidépresseurs a généralement été établie sur la base d'études qui ne portaient que sur des individus souffrant des formes les plus sévères de dépression. Or, cette importante information ne figure pas dans les messages publicitaires qui sont adressés aux cliniciens et au public».

Le Dr Pierre Landry, psychiatre à l'hôpital Louis-H. Lafontaine, confirme que le taux de réponse au placebo est effectivement élevée dans les études en général. «Mais, une fois les études terminées, les personnes qui reçoivent un placebo rechutent plus souvent, voire plus rapidement dans l'année qui suit que celles à qui on administre des médicaments antidépresseurs», précise-t-il, avant d'ajouter que «les patients qui participent à une étude de six semaines reçoivent une attention qu'ils n'avaient pas auparavant et qui participe, pour une grande part, à l'effet placebo. Sauf que quand ce suivi s'arrête à la fin de l'étude, le risque de rechute est plus élevé».

Le Dr Pierre Blier, chercheur à l'Institut de recherche en santé mentale de l'Université d'Ottawa, fait remarquer à son tour que quand la dépression est peu sévère, il est plus difficile de mettre en évidence l'effet de l'antidépresseur par rapport à l'effet placebo, notamment en raison de l'«effet psychothérapeutique que peut avoir l'encadrement du patient» qui, au cours de l'étude, est suivi régulièrement par un médecin, un psychiatre et un assistant de recherche, et a la possibilité de parler à une infirmière en tout temps.

«Pour évaluer l'efficacité des antidépresseurs, il faut mener des études d'une durée de six mois, comme cela est requis en Europe, et non de six semaines [comme celles qui ont été sélectionnées dans la méta-analyse publiée dans le JAMA], car la dépression n'est pas une maladie aiguë. Autrement, c'est comme si on essayait d'évaluer des programmes permettant de perdre du poids sur une période de six semaines. Les participants pourront perdre 10 livres par semaine, mais s'ils regagnent tout le poids qu'ils ont perdu au cours des six mois qui suivent, on ne pourra pas dire que le traitement est efficace. Quand on parle de l'efficacité d'un antidépresseur, il faut fonder son jugement sur ses effets à long terme», car, rappelle-t-il, des études ont montré que l'effet placebo ne se prolonge pas dans le temps. Il donne l'exemple de patients qui avaient bien répondu au placebo pendant les six semaines de l'étude, mais qui au terme de celle-ci avaient rechuté. Ces patients se sont toutefois rétablis lorsqu'on leur a donné des antidépresseurs.

Pour le Dr Blier, il ne fait aucun doute que les antidépresseurs sont efficaces pour toutes les formes de dépressions, à l'exception de celles qui sont réfractaires à tout médicament. «Leur efficacité est simplement plus facile à voir chez les personnes sévèrement déprimées, car elles sont moins sujettes à l'effet placebo», indique-t-il.

Loin de contredire l'étude du JAMA, le Dr Pierre Landry affirme pour sa part que «les personnes qui souffrent d'une dépression légère pourraient être traitées autrement qu'avec un antidépresseur». «Je n'irais pas jusqu'à dire que les antidépresseurs sont inefficaces pour traiter les dépressions plus légères, ils le sont, mais il y a d'autres approches qui sont tout aussi efficaces», dit-il.

«Personne ne sera contre ça [d'autres approches], poursuit-il, sauf que des fois, les clients ne veulent pas suivre une psychothérapie. Ils trouvent qu'ils n'ont pas le temps de venir toutes les semaines pour rencontrer un thérapeute et que ça coûte trop cher. Ils préfèrent avoir un médicament qui sera couvert en partie par la RAMQ.»

Source: Le Devoir, 07-01-10 / Pauline Gravel, journaliste / Jacques Nadeau, photographe                   

Faut-il sauver Santé Mentale au Québec ?

Le Fonds québécois de recherche sur la société et la culture refuse de la financer depuis 2003. Le ministère de la Santé et des Services sociaux lui accorde un financement non récurrent pour l’année 2009-2010, mais a manifesté son intention de ne plus la financer. Comment expliquer l’incompréhensible ? Si vous êtes en désaccord avec les décisions du FQRSC et du MSSS, signez la pétition et faites part de vos commentaires.

PÉTITION EN LIGNE
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En 1976, le Centre de santé mentale communautaire de l’hôpital Saint-Luc organise le premier colloque de psychiatrie de secteur. Durant les délibérations, les participants manifestent le besoin d’un organe de diffusion des expériences en cours dans le champ de la santé mentale. À l’aide du léger surplus de ce colloque et d’une contribution financière de professionnels, le Centre de santé mentale communautaire édite le premier numéro de Santé mentale au Québec en septembre ‘76 avec le double désir de faire connaître les expériences et les recherches en cours dans le champ de la santé mentale, et de faciliter les échanges entre les divers intervenants du milieu de la santé mentale. Pour bien démontrer la volonté d’innover qui animera Santé mentale au Québec, les fondateurs donnent à la revue le sous-titre Vers une nouvelle pratique. Voulant aussi Santé mentale au Québec multidisciplinaire, les fondateurs soulignent que cette volonté d’innover passe par les échanges entre les praticiens et les chercheurs oeuvrant dans le champ de la santé mentale. Sans exclure aucune orientation, la revue Santé mentale au Québec privilégie une approche sociale de la folie, associée à une approche clinique permettant de comprendre l’homme dans son milieu. Et pour illustrer l’humanisme sous-jacent à Santé mentale au Québec, les fondateurs font appel à un artiste, Louis-Pierre Bougie, pour illustrer la page couverture.

Centrée au début sur les travaux des intervenants du Centre de santé mentale communautaire, Santé mentale au Québec élargit par la suite son bassin de collaborateurs et collaboratrices qui s’élèvent maintenant à plus de 2000. Ces collaborateurs et collaboratrices représentent toutes les professions qui s’intéressent à la santé mentale sans oublier les bénévoles et les usagers eux-mêmes qui trouvent dans la revue une voix accueillante à l’expression de leurs expériences. En plus des collaborateurs et collaboratrices québécois et canadiens, la revue recrute des collaborateurs et collaboratrices provenant de d’autres pays afin de concrétiser à un niveau international son ouverture. Ainsi, les collaborateurs et collaboratrices proviennent de plus de quarante pays. Les collaborations sont aussi institutionnelles car Santé mentale au Québec publie conjointement certaines éditions avec d’autres revues européennes.

Santé mentale au Québec a un statut de revue scientifique qui fonctionne avec un comité de lecture externe et un comité de rédaction. Le comité de rédaction est multidisciplinaire et représente le milieu de la pratique et de la recherche en santé mentale. Santé mentale au Québec est indexée dans différents répertoires scientifiques dont Medline. Elle reçoit des subventions de différents organismes sur la base d’évaluations faites par des comités de pairs lors de concours publics. Afin de diffuser davantage les travaux des collaborateurs et collaboratrices, Santé mentale au Québec fournit un résumé de chaque article en quatre langues : français, anglais, espagnol et portugais, les quatre langues des Amériques. Il en est de même pour son site.

Grâce à une collaboration interuniversitaire, Santé mentale au Québec offre aux lecteurs la possibilité de consulter les articles antérieurs, sur les deux sites suivants : http://www.teluq.uquebec.ca/smq/ et http://www.erudit.org/revue/smq/. À l’exclusion des articles des trois dernières années, tous les autres peuvent être consultés intégralement et gratuitement.

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Santé mentale au Québec est demeurée fidèle tout au long de son existence à ses objectifs initiaux : répondre aux besoins de perfectionnement des professionnels de la santé mentale, et de formation des étudiants collégiaux et universitaires dans les diverses disciplines impliquées dans ce champ d’activités (psychiatrie, psychologie, travail social, sciences infirmières, ergothérapie, etc.), et rapprocher le milieu de la recherche et de la pratique en vue d’améliorer la qualité des interventions en santé mentale. S’adaptant aux préoccupations des diverses époques, elle a su rallier l’ensemble des intervenants en santé mentale autour de thèmes mobilisateurs, et refléter leurs préoccupations et leurs conceptualisations. Santé mentale au Québec a su être le miroir du développement de la santé mentale au Québec. Le mérite en revient à ses collaborateurs et collaboratrices et à ses lecteurs.

Santé mentale au Québec reçoit une aide financière sous forme de subventions des organismes suivants : le ministère de la Santé et des Services sociaux, et le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada. Santé mentale au Québec les remercie pour leur soutien.

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Syndromes de « la patate chaude » ou du « pas dans ma cour »

De l'importance des recherches sur les impacts du changement climatique pour la santé mentale

Il semblerait que le changement climatique ait un impact important sur la santé mentale partout dans le monde; pourtant, écrivent Lisa Page et Louise Howard de l'institut de psychiatrie au King's College de Londres (Royaume-Uni), les recherches dans ce domaine important sont loin d'abonder. Dans un éditorial de la revue Psychological Medicine, elles déclarent que cette situation doit rapidement évoluer «afin que les décideurs politiques en matière de santé mentale puissent prévoir l'impact du changement climatique sur la santé mentale».

De plus en plus de recherches relatives aux impacts du changement climatique sur la santé voient le jour, et on estime qu'il est responsable de près de 150 000 décès chaque année (un chiffre qui devrait augmenter au cours des décennies à venir).

Bien que l'on admette aujourd'hui les effets du changement climatique sur la santé mentale, les auteurs font remarquer que «ces effets sont principalement évoqués en termes vagues et rarement par les personnes largement impliquées dans la recherche ou la politique de santé mentale. Il est peu probable que le problème de la santé mentale soit à l'ordre du jour de la conférence de Copenhague.»

D'après les Drs Page et Howard, les effets du changement climatique «se répercuteront principalement sur les personnes prédisposées aux problèmes psychologiques, mais on verra également une augmentation de la charge globale des maladies mentales dans le monde».

Par exemple, les catastrophes naturelles risquent d'augmenter en raison du changement climatique. Les problèmes de santé mentale tels que les troubles de stress post-traumatique, la dépression et d'autres maladies mentales sont relativement courants à la suite de ces catastrophes, naturelles ou d'autres.

En outre, comme on l'a constaté après le cyclone Katrina aux États-Unis, «on observe souvent une diminution importante des soins médicaux et psychiatriques apportés aux personnes souffrant de maladies mentales préexistantes dans les périodes suivant une catastrophe, au moment où ils en ont malheureusement le plus besoin», font remarquer les chercheurs.

Les vagues de chaleur feront également de nombreuses victimes chez les personnes souffrant de maladies mentales, étant donné que l'abus de psychotropes et de substances constitue un facteur de risque important dans les décès imputables aux vagues de chaleur. «En outre, des mécanismes inadaptés permettant de gérer les situations difficiles et le mauvais état des logements attribués contribueront à rendre plus vulnérables les personnes souffrant de problèmes mentaux», poursuivent les auteurs. Enfin, nous disposons de «preuves importantes» que les taux de suicide augmenteront une fois qu'un certain seuil de température sera dépassé.

Beaucoup de maladies infectieuses devraient se multiplier à mesure que le climat se réchauffe, ce qui affectera probablement aussi notre santé mentale, préviennent les chercheurs. Pendant des épidémies, on a constaté chez les patients infectés et dans la population en général des cas de détresse psychologique, d'anxiété et de stress traumatique.

L'élévation du niveau des mers obligera des millions de personnes vivant dans les régions côtières à déménager. Les régions affectées par les inondations et les sécheresses ou par d'autres conditions climatiques extrêmes connaîtront des exodes de masse. «Les vagues massives de migration mèneront indéniablement à une plus grande charge de maladies mentales chez les populations affectées», préviennent les chercheurs, en ajoutant que les conflits constituent un autre vecteur potentiel de migration.

Un autre problème est que les services de santé mentale dans les pays à revenus faibles et moyens sont déjà terriblement inappropriés. Le Drs Page et Howard craignent que ces services «ne constituent pas une priorité dans l'éventualité d'une crise économique résultant du changement climatique.»

Les chercheurs concluent que les professionnels de la santé mentale doivent approfondir les recherches sur le sujet au plus vite. «Il est indispensable de collaborer avec d'autres disciplines», écrivent les auteurs. «Il nous faudra sans doute travailler avec des climatologues, des géographes, des épidémiologistes de l'environnement, des modélisateurs et des spécialistes du développement pour planifier et réaliser des recherches pertinentes sur ces sujets.»

Le Dr Page ajoute: «Le changement climatique est au coeur des débats [...] à la conférence de l'ONU à Copenhague. Les délégués discuteront des effets du changement climatique et des réponses possibles des gouvernements internationaux, mais nous craignons que les effets du changement climatique sur la santé mentale ne fassent pas l'objet d'une grande attention, ce qui pose un risque important pour la santé mentale de millions de personnes dans un futur relativement proche.»

Pour de plus amples informations, consulter:

Psychological Medicine
Institute of Psychiatry
 

 

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