BROME-MISSISQUOI: Suivi de crise suicidaire, des services qui font leurs preuves

À la fin de l'année 2008, un regroupement d'organismes lançait dans Brome-Missisquoi des services de suivi pour les gens vivant une crise suicidaire. Les intervenants tracent jusqu'à maintenant un bilan positif de l'expérience.

Ces services de suivi évitent aux citoyens de la région d'avoir à se déplacer à Granby et à St-Jean-sur-Richelieu. Des intervenantes du Centre de prévention du suicide (CPS) du Haut-Richelieu peuvent ainsi rencontrer les gens dans divers points de services à travers la région, et ce, en français ou en anglais.

«En mettant ainsi nos forces en commun, nous pouvons contribuer à briser l'isolement de ces personnes qui, autrement, ne ferait appel à aucune aide», mentionne Michel Bourbeau, directeur général du CPS du Haut-Richelieu.

Actuellement, les services de suivi sont disponibles les lundis de midi à 20h, de même que les mercredis et jeudis, de 8h à 17h.

Le numéro à retenir pour Brome-Missisquoi: 450 931-0555. Pour rejoindre en tout temps la ligne d'intervention provinciale: 1 866 APPELLE (1 866 277-3553).

Sur la photo: Le Comité de concertation Brome-Misissquoi et le CPS du Haut-Richelieu dressent un bilan positif quant aux services de suivi de crise suicidaire. En avant-plan: Nancy Paquette et Julie Leblanc-Langlois (CPS du Haut-Richelieu), Marianne Tanguay (Entrée chez soi Brome-Missisquoi) et Nancy Bonneau (Le Phare source d'entraide). Debout, on retrouve Richard Plante (CSSS La Pommeraire), Michel Bourbeau (CPS du Haut-Richelieu) et Alain Genesse (L'Éveil).
Texte et photo: Alain Bérubé                                                                                                                                                                                                          

La thérapie avant les pilules

Le Soleil, lettre au lecteur, 20 janvier 2010 par Paul Loubier, psychologue, et administrateur Association des psychologues du Québec 

L'écho important accordé à l'étude démontrant le peu d'effet des antidépresseurs, lorsqu'il s'agit de traiter une dépression légère ou modérée, ne surprend pas les psychologues. 

Nous sommes habitués de traiter des personnes affectées par des symptômes dépressifs, d'intensité variée, et il est reconnu par une part significative des médecins que dans les cas non sévères, la psychothérapie est le premier choix.

Ce type de traitement a l'avantage de remettre la personne en charge de sa santé mentale en l'amenant à mieux comprendre comment les stresseurs présents dans sa vie peuvent l'affecter. Le processus thérapeutique permet alors d'installer de nouvelles manières de composer avec ces stresseurs et d'en retirer, la plupart du temps non seulement un soulagement des symptômes mais en plus un sentiment de satisfaction plus grand, dans les sphères importantes de sa vie. De plus, le traitement psychologique a l'avantage d'apporter aux personnes affectées par la dépression des notions et des moyens qui continueront à leur être utile longtemps après la disparition de l'état dépressif pour lequel elles ont consultées.

Quant à la question des coûts face à la dépression, il semble qu'un déséquilibre existe quant aux sommes allouées aux divers traitements pour cette maladie. En effet, si la couverture d'assurances pour la médication permet, au Québec, de défrayer les coûts d'une médication parfois abondante et de longue durée, il en est autrement des traitements psychothérapeutiques. Dans le réseau public, le nombre d'entrevues possible pour une dépression est très restreint, parfois à seulement six séances. Du côté du privé, il n'est pas rare que des gens ne disposent que d'un plafond annuel de 300$ ou 500$, alors que ce montant ne permettra pas plus de six ou huit entrevues, en fonction du pourcentage remboursé. Ne serait-il pas temps que l'on octroie une plus grande part de nos ressources à la psychothérapie, puisque dans les deux tiers des cas de dépression, il s'agit du traitement de premier choix? Les protocoles d'intervention adaptés à la dépression demandent que l'on puisse voir le patient de dix à quinze fois pour qu'une action thérapeutique valable soit apparue. C'est là un objectif thérapeutique et financier qu'il est très raisonnable de viser.
 

Protéger son cerveau

La lutte contre l'Alzheimer passe par un mode de vie sain pour maintenir une bonne santé cérébrale

Derrière le raz-de-marée fataliste de chiffres catastrophes publiés en début de semaine sur la maladie d'Alzheimer se cache aussi l'espoir.

 

Le Devoir, 09 janvier 2010,Louise Maude Rioux Soucy
 
Pas encore celui de guérir, certes, mais certainement celui de recourir à de nouvelles armes pour en retarder l'issue inévitable. Retour sur un changement de paradigme qui promet plus de beaux lendemains.

Entraîner son corps et ses méninges pour éloigner la maladie d'Alzheimer et les démences qui y sont apparentées. Il y a une décennie à peine, la formule aurait été tournée en dérision tant ce mal qui s'attaque à la mémoire et au raisonnement paraissait inéluctable. Mais depuis que la science a mis au jour la composante vasculaire de ce sapeur d'autonomie qui touchera 1,1 million de Canadiens d'ici une génération, on apprend peu à peu à apprivoiser la notion de santé cérébrale et, du coup, à protéger son cerveau... comme on prend soin de ses artères.

Les médecins ont longtemps considéré l'alzheimer comme une maladie dégénérative induite par des facteurs bien précis, tels que l'âge et l'hérédité, sur lesquels ils n'avaient aucune prise. C'est encore vrai aujourd'hui, du moins en partie, puisqu'à ceux-là s'ajoutent désormais d'autres facteurs de risque sur lesquels il est désormais possible d'agir concrètement, explique le Dr Fadi Massoud, directeur scientifique de la Clinique de la mémoire du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM).

Depuis cinq à dix ans, les scientifiques s'intéressent de près à ce qu'ils appellent la composante circulatoire de l'alzheimer, raconte l'interniste-gériatre. «On a découvert que les facteurs de risque vasculaires n'interviennent pas seulement dans les crises de coeur ou les AVC, mais aussi dans les problèmes de mémoire sérieux comme la démence ou la maladie d'Alzheimer. Tout cela a ouvert la porte à de nouveaux champs d'étude en prévention et en intervention.»

Les bonnes habitudes

C'est ainsi qu'on a pu comprendre que la prévention et la prise en charge précoces de l'hypertension, du diabète ou des problèmes de cholestérol contribuent «à réduire le risque de développer ou d'aggraver ce genre de démence», résume le Dr Howard Bergman, qui a présidé le comité d'experts mandaté par Québec en vue d'élaborer un plan d'action contre l'alzheimer. Cette prise de conscience a donné tout son sens à la notion de bonne santé cérébrale et entraîné avec elle un chapelet de bonnes habitudes à prendre, un peu comme le font ceux qui veulent maintenir une bonne santé cardiaque.

Des études ont en effet démontré qu'être actif régulièrement, à raison de trois ou quatre fois par semaine à intensité modérée, en faisant du vélo ou de la marche rapide par exemple, ralentit les effets du vieillissement normal sur le cerveau. Les aînés qui s'astreignent à une telle routine ont aussi de meilleures capacités sur les plans de la concentration, de l'attention et de la mémoire, raconte Dave Ellemberg, professeur en kinésiologie à l'Université de Montréal.

«Quand on utilise des outils un peu plus pointus, comme l'imagerie cérébrale, on voit que ce même programme d'entraînement qui génère une augmentation des capacités cognitives cause aussi une augmentation de la densité neuronale dans certaines régions du cerveau, surtout celles qui sont impliquées dans la mémoire.» Les modèles chez l'animal montrent également que l'activité physique favorise la multiplication de neurotransmetteurs jouant un rôle dans la mémoire et l'attention, ajoute celui qui est aussi neuropsychologue.

Gagner du temps

Si l'on sait que l'exercice physique modifie l'architecture ou la densité neuronale du cerveau, on ignore par contre où se situent les limites de ce facteur de protection. Les spécialistes s'entendent toutefois pour dire que le maintien d'un corps sain dans un esprit sain peut retarder l'apparition de l'alzheimer significativement, fait valoir Amélie Giguère, porte-parole de la Société Alzheimer de Montréal. «Plusieurs études ont montré que l'activité physique et de bonnes habitudes de vie peuvent retarder jusqu'à deux ans la maladie.»

Dans son rapport déposé en mai dernier, le Dr Bergman cite lui aussi une panoplie de facteurs protecteurs liés aux bonnes habitudes de vie: activité physique, saine alimentation, cessation du tabagisme, consommation modérée d'alcool ou encore maintien d'une activité intellectuelle et sociale stimulante. «Mais attention, ce ne sont pas des panacées. Un mode de vie sain n'évite pas la maladie ni ne la guérit. Cela peut seulement réduire les risques de la développer ou, à tout le moins, en ralentir la progression», prévient le professeur titulaire aux départements de médecine, de médecine familiale et d'oncologie de l'Université McGill.

Une formule semblable est présentement à l'étude auprès d'un groupe d'aînés suivis dans le cadre du projet «Muscler vos méninges» dirigé par la chercheuse Sophie Laforest et auquel participe aussi Dave Ellemberg. À son sens, ce sont surtout les effets cumulatifs de tous ces facteurs de protection qui sont intéressants. «On se dit que si huit semaines d'activité et de mode de vie sain peuvent avoir un impact sur la maladie, c'est sûr que, si on fait ça toute notre vie, ça peut laisser une trace permanente et s'accumuler au fil des ans.»

Dans le rapport d'experts qu'il a présidé, le Dr Bergman ajoute à cette longue liste deux autres facteurs de risque qui doivent être pris en compte dans l'examen de cette maladie complexe dont on ignore encore les origines. Le premier est lié aux traumatismes crâniens. Des études récentes ont permis de conclure que «les boxeurs et les footballeurs sont très à risque de développer des maladies comme le parkinson, l'alzheimer ou d'autres démences, un peu comme Mohammed Ali», raconte le gériatre.

Le second facteur suggère que les années passées sur les bancs d'école ont un impact sur la quantité de ramifications neuronales d'une personne. Une étude très intéressante a été réalisée sur une communauté de soeurs américaines, raconte le Dr Bergman. «On a étudié les compositions que ces soeurs avaient écrites lorsqu'elles avaient 15 ans. On a découvert que les compositions les moins élaborées et qui comportaient le plus d'erreurs étaient celles des soeurs qui souffrent aujourd'hui de démence.»

Reprendre le contrôle

Mises bout à bout, toutes ces informations, aussi fragmentaires et imprécises soient-elles, permettent de redonner un peu de pouvoir à ceux qui ont reçu le diagnostic comme une fin de non-recevoir et une irrémédiable perte de contrôle. Mais encore faut-il qu'elles circulent, s'inquiète le Dr Massoud, qui estime qu'il faut éduquer la population et sensibiliser le corps médical à l'importance de se mobiliser autour de ces enjeux cruciaux.

Déjà, certains ont flairé la bonne affaire. On a vu apparaître ces dernières années des programmes comme NeuroActive ou Brain Age qui promettent justement de muscler les méninges. Faut-il s'en méfier? Oui et non, répond le Dr Massoud, qui souligne le caractère artificiel de ces logiciels. «C'est sûr qu'on va améliorer notre performance de façon spécifique sur une tâche précise, que ce soit une tâche de calcul ou de concentration par exemple, mais dans le quotidien, ce genre d'exercice a peu d'impact.» Ce dernier recommande plutôt des programmes comme MEMO, développé à l'Institut de gériatrie de l'UdeM, qui permettent d'intervenir sur des tâches quotidiennes par le biais d'exercices ciblés pour les personnes atteintes de démence.

Quant au reste, rien ne remplace une vie riche et stimulante. C'est aussi l'avis de Dave Ellemberg, qui voit ce genre de logiciel comme un outil parmi plusieurs autres. «C'est tout organisé, ludique. Pas besoin de se casser la tête. Mais est-ce que c'est meilleur que de faire tous les jours des mots croisés, de visiter des musées, de tricoter ou de soutenir des conversations dynamiques? Certainement pas. Et aucune étude sérieuse n'a jamais prétendu le contraire.»

Relever le défi


La réponse à l'électrochoc publié cette semaine par la Société Alzheimer n'est pas hors de portée. Elle dort sur les tablettes du ministère de la Santé et des Services sociaux. En mai dernier, un comité d'experts présidé par le Dr Howard Bergman a déposé un rapport fouillé destiné à jeter les bases d'un plan d'action pour la maladie d'Alzheimer. Intitulé Relever le défi de la maladie d'Alzheimer et des maladies apparentées - Une vision centrée sur la personne, l'humanisme et l'excellence, ce dernier propose sept actions prioritaires assorties de 24 recommandations destinées à placer le Québec parmi les meilleurs au monde. Un dossier à suivre de toute urgence.

Le rapport Bergman en sept points

- Sensibiliser, informer et mobiliser la population.

- Assurer l'accessibilité à des services personnalisés et coordonnés d'évaluation et de traitement pour les personnes atteintes et les proches aidants.

- Promouvoir la qualité de vie, offrir l'accès au soutien à domicile et le choix d'un milieu de vie de qualité aux stades avancés de la maladie.

- Encourager des soins de fin de vie de qualité, pertinents sur le plan thérapeutique.

- Soutenir les proches aidants.

- Développer et soutenir les meilleures pratiques.

- Mobiliser tous les acteurs des secteurs public, universitaire et privé autour de la recherche.
 

Itinérance - La recherche pour soutenir les politiques

Le Devoir, 07 janvier 2010, Eric Latimer, Olivier Farmer et Marie-Carmen Plante

L'éditorial «La plaie béante» de Marie-Andrée Chouinard, publié dans Le Devoir du 28 décembre, met en relief la difficulté de concevoir un plan d'action cohérent en itinérance, alors que la nature et l'ampleur du problème sont encore mal connues.

Ce qui manque aussi, toutefois, c'est une compréhension des interventions les plus efficaces pour aider les personnes itinérantes à sortir de la rue. À cet égard, comme le souligne l'éditorialiste, le projet de recherche Chez soi, financé par la Commission de la santé mentale du Canada, promet d'être révélateur.

Ce projet, en effet, nous permettra d'évaluer ce qui se passe lorsque l'on offre à 300 personnes itinérantes qui ont des problèmes de santé mentale deux interventions en combinaison: l'accès immédiat à un logement décent et abordable (parce que subventionné), et choisi en fonction des préférences de la personne, ET un soutien clinique et de réadaptation spécialisé, conçu pour s'adapter en fonction des objectifs de vie de la personne.

Ce soutien spécialisé l'accompagne tout au long de son parcours, l'aidant au besoin à trouver un nouveau logement. Elle peut ainsi fonctionner dans un milieu de vie plus autonome et plus intégré à la société générale qu'autrement. C'est cette combinaison d'accès au logement et au soutien spécialisé qu'on appelle «Housing First». Des études américaines suggèrent qu'il est souvent efficace de commencer par satisfaire l'aspiration primaire à un logement décent et sécuritaire, avant de s'attaquer aux autres problématiques telles que la consommation d'alcool et de drogues.

Si l'expérience montréalaise s'avère typique de celle d'autres villes, l'approche Housing First permettra non seulement d'augmenter la qualité de vie des personnes qui en bénéficieront, mais aussi de réduire d'autres coûts sociaux: hospitalisations, incarcérations, etc.

Le plan d'action interministériel en itinérance 2010-2013, dévoilé à la mi-décembre, souligne le caractère prometteur de l'approche Housing First. Le projet Chez soi évalue de façon rigoureuse cette approche à Montréal, ainsi que dans quatre autres villes canadiennes. Au-delà des connaissances immédiates qui découleront du projet et qui s'intégreront au corpus d'expérience et de connaissances déjà acquises par le milieu de l'itinérance au Québec, on peut espérer que le projet renforcera une culture de recherche expérimentale et d'évaluation rigoureuse qui, à long terme, sont nécessaires à l'élaboration de politiques et de programmes efficaces. Nous pourrons ainsi peu à peu prévenir l'itinérance plus souvent et lorsque nécessaire, mieux aider les gens à se rétablir.

Eric Latimer, Olivier Farmer et Marie-Carmen Plante - Respectivement chercheur principal au projet Chez soi de Montréal (Institut Douglas et Université McGill), chef du département de psychiatrie au CSSS Jeanne-Mance et psychiatre pour le projet Chez soi.

LIRE AUSSI:

Itinérance et santé mentale - De l'espoir d'Ottawa?

Pierre Gaudreau - Coordonnateur, Réseau d'aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM)
 
 
ÉDITORIAL

Itinérance - La plaie béante

 
Le Devoir,Marie-Andrée Chouinard, 28 décembre 2009

 Le plan d'action en itinérance dévoilé en décembre ne peut pas prétendre régler le problème des sans-abri au Québec, en grande partie parce qu'on mesure très mal l'étendue réelle de cette profonde détresse.

Incroyable, mais vrai: l'une des 70 mesures du Plan d'action interministériel en itinérance 2010-2013 dévoilé à la mi-décembre est de réaliser un «portrait de l'itinérance dans onze villes ciblées du Québec», car, le concède-t-on sans ambages, bien que l'on pressente que cette manifestation de la pauvreté extrême soit en malheureuse expansion, aucune photographie réelle et juste de l'itinérance n'a été réalisée au Québec depuis 1996.

Difficile de savoir alors si ce plan d'action, arrivé tel que promis avant les grands froids destructeurs, n'agira pas vainement comme une légère pommade appliquée sur une plaie béante. Lors de la commission parlementaire tenue il y a plus d'un an, de nombreux et pertinents témoignages avaient établi la nécessité criante d'une véritable politique de lutte contre l'itinérance. Elle aurait permis d'établir l'importance qu'y accorderait un gouvernement en garantissant, dans le temps, le renouvellement des mesures et l'octroi des ressources financières.

Il est bien dommage que ce cri du coeur, pourtant reconnu par les parlementaires dans un rapport déposé à l'Assemblée nationale en novembre, n'ait pas été entendu par la ministre déléguée aux Services sociaux, Lise Thériault. Optant pour une action rapide à l'approche de cette période hivernale qui ajoute aux tourments des itinérants, le gouvernement a plutôt choisi la formule «plan d'action», portant à 2013 son expiration. C'est une ombre au tableau. Il faut souhaiter que Québec n'ait pas remisé entièrement l'idée d'une politique, qui cimenterait en priorité nationale des actions autrement provisoires.

Le plan contient certes des mesures prometteuses, par exemple la réservation pour les sans-abri de 300 unités du programme Accès-logis de la Société d'habitation du Québec, ou encore des programmes d'aide ciblée vers les jeunes, une clientèle en croissance chez les itinérants. Un volet entier destiné à la recherche — dans lequel loge justement la demande d'un portrait juste de l'itinérance au Québec — est bienvenu.

Difficile toutefois de juger de l'efficacité appréhendée de ces mesures, puisqu'il est impossible de brosser un tableau réel du problème. Les données sont vagues, imprécises: au Canada, les estimations passent de 150 000 à 300 000 pour chiffrer les itinérants, dont près de 30 000 erreraient à Montréal seulement. Les organismes oeuvrant auprès de cette clientèle en détresse estiment que la moitié d'entre eux souffriraient d'un problème de santé mentale.

Le plan d'action n'a pas d'énormes ambitions en cette matière, qui pourtant semble expliquer, pour plusieurs, ce triste vagabondage. D'un séjour à l'hôpital jusqu'à la rue, en passant par la prison, où certains séjournent pour avoir violé des règlements — trop souvent démesurément sévères et destinés précisément à les effacer du tableau urbain — ces pauvres gens sombrent dans un cycle infernal duquel ils peinent à s'extirper. Plusieurs n'en sortent jamais.

Un récent programme de recherche lancé par la Commission de la santé mentale du Canada dans cinq villes canadiennes, dont Montréal, vise précisément ce groupe démuni. Il s'agit d'une heureuse initiative. En mettant à la disposition des sans-abri — 300 à Montréal seulement font partie de cette expérience — des logements sociaux et une aide octroyée par des spécialistes, on espère rompre le cycle des institutions et de la rue.

Au Québec, des programmes comme Accès-logis offrent sensiblement la même chance, mais on arrive difficilement à savoir quelle portion des gigantesques besoins est servie par les unités disponibles. L'un des objectifs précis de la recherche menée par la commission fédérale est de mesurer l'économie potentielle pour les gouvernements; ceux-ci gagneraient à augmenter les subventions au logement plutôt que d'assumer d'imposants coûts d'institutionnalisation ou d'incarcération.

L'initiative de départ de la Commission des affaires sociales était tout à fait bienvenue: tenir une commission parlementaire pour cerner le problème de l'itinérance, intuitivement perçu comme grandissant. Malheureusement, cette lancée positive atterrit un peu platement, car ce nouveau plan d'action souffre principalement de vouloir s'attaquer à un problème qu'il ne mesure pas vraiment.

machouinard@ledevoir.com

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