DOSSIER Cyberdépendance: nouvelle < maladie > ou nouveau symptôme?

Il y a l'alcoolisme, le jeu et les drogues. Mais les psychologues voient aussi depuis peu arriver des cas graves de cyberdépendance. La Presse a visité le premier centre de désintoxication en Amérique du Nord destiné spécifiquement aux gens pour qui le monde virtuel s'est transformé en problème bien réel.

Émilie Côté, La Presse, 01 février 2010, illustration La Presse

ReStart est situé au milieu des bois, pas très loin de Seattle, au pied des montagnes de l'État de Washington. Autour de la maison, baptisée Heavensfield, il y a une fermette, un jardin, une salle de relaxation, un mur d'escalade et des sentiers dans les bois. Mais surtout, il n'y a aucun ordinateur. Nous sommes dans un centre de désintoxication pour les accros du web.

«Ici, on se sent loin de tout, et tout est fait pour qu'on aie envie d'aller dehors», explique Cosette Dawna Rae, propriétaire de la maison.

ReStart est le premier -et seul- centre en Amérique du Nord destiné aux gens qui souffrent de cyberdépendance. On peut y accueillir des patients accros aux jeux en ligne, au chat, aux achats sur eBay ou encore au BlackBerry. «Tout cela a le potentiel de créer une dépendance, et cette dépendance peut faire des ravages», indique la Dre Hilarie Cash, qui a fondé le centre avec Mme Rae.

La psychologue s'intéresse à la dépendance à l'internet depuis 1994. «Mon premier client jouait à Donjons et dragons. Ma deuxième était une femme mariée qui avait une aventure extraconjugale en ligne», raconte l'auteure du livre Video Game&Your Kids.

Quant à Mme Rae, elle a travaillé en programmation, est devenue conseillère et éducatrice en informatique, puis thérapeute. «Je parlais à des familles. Un de mes clients n'allait pas à l'école depuis trois ans parce qu'il jouait à World of Warcraft.»

Elle a aussi rencontré un jeune adulte qui avait abandonné ses études et qui ne quittait pratiquement plus sa chambre. «Tellement qu'il a pris du poids et qu'il a fait des plaies de lit, raconte-t-elle. La population en général ne sait pas à quel point la cyberdépendance peut être un problème.»

«Je ne peux pas croire que notre enfant s'est rendu là», confient des parents. Au début, le jeune semble sage. Son père et sa mère sont rassurés de le voir dans sa chambre devant son portable plutôt que dehors à faire des mauvais coups.

Mais à la longue, les parents deviennent frustrés de voir leur enfant hypnotisé par un ordinateur. «Ils le confisquent à leurs enfants et c'est là qu'ils voient qu'il y a un problème. Leur enfant pique une crise et leur dit que sa vie sera gâchée sans ordinateur», explique la Dre Cash.

D'un essai gratuit à la désintox

ReStart a ouvert ses portes au mois d'août dernier. Depuis son ouverture, le centre a accueilli sept patients mais reçu des centaines d'appels. Le premier était un jeune de 19 ans, Ben Alexander, que nous avons interviewé.

Tout a commencé par une publicité: essai gratuit de 10 jours. Ben a décidé d'essayer le jeu World of Warcraft (WoW), un jeu dit «de rôle en ligne massivement multi-joueurs» (connu sous l'acronyme anglais MMORPG), qui se déroule dans un univers médiéval fantastique. Les joueurs de partout sur la Terre ont un avatar et interagissent entre eux. Ils évoluent dans un monde virtuel qui n'a pas de fin et qui continue à exister lorsqu'ils ne sont pas connectés. Ce n'est pas comme un jeu dont on doit franchir des étapes.

«Le jeu te récompense quand tu joues beaucoup. Plus tu joues, plus ton personnage est bon. Et les gens te respectent quand tu es bon, explique Ben. C'est très social. On clavarde avec les autres joueurs.»

Ben a commencé à jouer durant l'été, avant ses études au collège. Mais à la fin, il jouait presque 17 heures par jour dans sa chambre, à la résidence de l'Université de l'Iowa. «Je mangeais un ou deux repas par jour et je jouais jusqu'à ce que je m'endorme sur mon clavier, raconte-t-il. J'ai réalisé que c'était un problème quand mes professeurs m'ont dit que j'allais échouer. L'école avait toujours été importante pour moi. Je veux faire de la recherche en biologie.»

Le jeune Américain a demandé de l'aide à ses parents, qui habitent au Colorado. Il a fait plusieurs thérapies, pour finalement aboutir à ReStart.

Aujourd'hui, Ben Alexander, timide de nature, a compris: «Pour moi, socialiser en ligne était plus facile que dans la vraie vie. Je me sentais moins vulnérable, confie-t-il. Le jeu n'était pas la source du problème. C'était un symptôme. Cela aurait pu être autre chose.»

Ben travaille actuellement dans un centre de ski au Colorado. Il utilise toujours l'ordinateur, mais il ne joue plus à WoW. Il a beaucoup apprécié sa thérapie à ReStart, dans la famille de Cosette.

Cela vaut-il 14 500$?

Ben croit que oui: «Ça vaut la peine. Si tu regardes d'autres programmes, ce n'est pas cher. Tu paies pour avoir ta vie en retour.»

Oui, les 45 jours de thérapie à ReStart coûtent 14 500$. Le centre, qui accueille un maximum de six patients en même temps, a eu beaucoup d'attention médiatique - dont un article dans le Journal de l'Association médicale canadienne -, mais il a aussi essuyé beaucoup de critiques de la part de la communauté scientifique.

Un «nouvel animal»

Le Centre Dollard-Cormier mène présentement des recherches sur la cyberdépendance. La directrice scientifique Louise Nadeau est contre l'idée d'un centre privé comme ReStart. «Si demain matin je voulais devenir riche, j'ouvrirais un centre», lance-t-elle.

Selon Mme Nadeau, il faut être prudent dans le traitement de la cyberdépendance, car c'est «un nouvel animal» dont on ne saisit pas encore toute la complexité. «La première fois que j'en ai entendu parler, c'était par un collègue de Paris, Marc Valeur, raconte-t-elle. Il avait comme patient un jeune de 22 ans qui jouait à World of Warcraft et qui était enfermé dans sa chambre depuis deux ans. Il était coupé de la réalité et de toute forme de socialisation. Il parlait de ses avatars comme de vrais personnages avec un langage moyenâgeux.»

En Chine, un jeune homme obèse de 26 ans est même mort en jouant à WoW. Pendant la relâche du Nouvel An, il a fait un marathon en ligne d'une semaine et son coeur a lâché.

«Mais des cas comme ça, il y en a très peu», souligne Louise Nadeau.

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Cyberdépendance: isolés dans un monde virtuel

EXTRAIT: Le Centre québécois de lutte aux dépendances est d'ailleurs à la recherche de personnes devant composer avec la cyberdépendance d'un proche. «On cherche à connaître les besoins des proches, savoir comment ils vivent la situation, ce qu'ils ont essayé comme solutions», explique Hélène Letellier, agente de recherche au CQLD. Le centre souhaite réaliser des entrevues téléphoniques (confidentielles) sur le sujet, afin d'offrir une documentation expliquant comment il est possible d'aider un proche cyberdépendant.

Pour joindre le Centre Dollard-Cormier, institut universitaire sur les dépendances : (514) 385-0046

Pour joindre le Centre québécois de lutte aux dépendances : info@cqld.ca, ou (514) 389-6336.

 

 

 

Santé mentale et justice

Le dernier numéro de Santé mentale au Québec (automne 2009) a pour thème  La santé mentale et la justice.

Garde illégale en psychiatrie: demande d'enquête à la Commission des droits de la personne et de la jeunesse

MONTRÉAL, le 25 janv. /CNW Telbec/ - Le groupe Action Autonomie, le collectif pour la défense des droits en santé mentale de Montréal a déposé aujourd'hui une plainte à la Commission des droits de la personne et de la jeunesse concernant l'application de la Loi sur la protection des personnes dont l'état mental présente un danger pour elle-même ou pour autrui.

La demande d'intervention est fondée sur les résultats d'une étude réalisée par Action Autonomie à partir de tous les jugements rendus en matière de garde en établissement dans le district de Montréal pour l'année 2008. Cette recherche démontre clairement des détentions illégales ainsi que la privation de droits fondamentaux. Elle laisse plusieurs questions sans réponse, notamment, concernant la garde préventive, le consentement aux soins, et le droit d'être informé de ses droits et recours.
Selon monsieur Ghislain Goulet, organisateur communautaire à Action Autonomie : "La privation illégale de la liberté des personnes qui ont des problèmes de santé mentale représente une forme d'exploitation fondée sur le handicap au sens de la Charte des droits et libertés de la personne".
Cette étude démontre que plusieurs centaines de personnes sont détenues dans des établissements de santé pendant près d'une semaine, et ce, sans autorisation judiciaire, ce qui est totalement illégal. C'est la situation dans 85 % des requêtes en garde en établissement.
D'autre part, plus de 1329 requêtes pour garde en établissement ont été présentées sans qu'aucune ordonnance d'examens psychiatriques n'ait été obtenue par les établissements. Ceci laisse croire que ces 1329 personnes contestant leur garde en établissement, auraient fourni un consentement libre et éclairé pour subir les évaluations psychiatriques. Action Autonomie en doute fortement, la logique et les nombreux témoignages recueillis dans sa pratique l'incitant plutôt à une conclusion d'abus de droit.
En dernier lieu, les personnes sont laissées à elles-mêmes en situation de grande vulnérabilité. Monsieur Goulet nous informe : "Selon les gens rencontrés, nous constatons qu'il y a de graves lacunes au niveau du droit à l'information sur les droits et recours".
Le groupe de défense des droits réclame depuis près de 10 ans une évaluation de l'application de la Loi ainsi que des mécanismes de suivi et d'évaluation continus de l'application de cette loi d'exception qui permet de priver de liberté des innocents. Compte tenu de nombreuses dénonciations en la matière ces dernières années, le Protecteur du citoyen en a fait un dossier d'enquête systémique à l'automne 2008. Son rapport est attendu.
Renseignements: Ghislain Goulet, (514) 525-5060; Recherche disponible sur www.actionautonomie.qc.ca

 

Jeunes gais et lesbiennes : Traiter l'anxiété, prévenir le suicide

Une prévention mieux ciblée de la part des professionnels en santé mental pourrait bien aider à prévenir de nombreux suicides chez les jeunes gais et lesbiennes.

Souce: Radio-Canada internet, Science et Santé, 25 janvier 2010

Des chercheurs montréalais de l'Institut universitaire en santé mentale Douglas ont montré que les jeunes homosexuels présentent douze fois plus de risque de souffrir de problèmes d'anxiété que les autres. La Dre Johanne Renaud et ses collègues constatent par ailleurs que les jeunes gais qui se suicident ont en grande majorité consulté auparavant un professionnel de la santé ou un psychiatre, et ont même été hospitalisés. Selon les auteurs, ces résultats doivent être pris en compte par les divers intervenants qui doivent considérer les troubles d'anxiété chez les jeunes comme un facteur de risque de suicide et mettre sur pied un meilleur plan de prévention.

Cette recherche est la première à se pencher sur l'orientation et l'identité sexuelle comme facteur de risque de suicide. Pour en arriver à cette conclusion, les auteurs ont étudié les cas de 55 enfants et adolescents qui se sont enlevés la vie et de 55 sujets témoins de la collectivité ainsi que des proches.

Le détail de cette recherche est publié dans la Revue canadienne de psychiatrie (anglais seulement)


Selon l'organisme Gai Écoute, les jeunes homosexuels présentent un risque de suicide de 6 à 14 fois plus élevé que les jeunes hétérosexuels.

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